à bas le licol éthologique, bye bye la corde à noeuds !

Voilà quelques mois que j’y songe.
Puis un jour…

Une cliente est entrée dans La Boutique et m’a demandé si j’avais un licol éthologique à lui vendre.
La réponse est sortie si spontanément et fermement de ma bouche que je me suis sentie gênée :

« Désolée, ce n’est plus du tout aligné avec mes valeurs, je n’en fabrique plus, vous n’en trouverez plus chez moi. »

Ha bon ? Bon beh d’accord, c’est clair.
En fait, c’est carrément vrai. Je peux plus me voir cet outil en peinture. Et je n’ai plus envie d’en fabriquer.

Enfin… plus comme ça. Mais…

Chat qui porte un harnais anti-fuite de La Licorde
Photographie du tout premier licol en corde réalisé par Morgane de La Licorde

En fait, c’est quoi ce truc ?

Spoiler alert : ça n’a rien d’éthologique du tout.

À l’origine, ce licol, qu’on appelle également « licol en corde » ou « licol à nœuds », est un outil utilisé pour le travail du cheval, généralement à pied mais aussi monté.

Mais pourquoi serait-il « plus efficace » qu’un licol plat, par exemple ? Tout simplement grâce aux nœuds et, notamment, aux endroits précis où ils se placent.

Et c’est là (personnellement) tout mon souci.

Avant de rentrer dans le vif du sujet :

Quelques points importants à rappeler au sujet de son utilisation.

  • Un licol en corde résiste à une traction de 800 à 1200kg. Il n’existe pas de données vérifiée au sujet de la résistance de la nuque des chevaux. Cependant, des rapports de cas vétérinaires* documentent de nombreuses fractures cervicales mortelles chez des chevaux attachés qui paniquent. De ce fait, même sur des chevaux éduqués, il est primordial de ne jamais attaché le cheval à un poste fixe ou de le laisser sans surveillance avec un licol. (Quelque soit le type).
  • Un licol bien placé positionne les nœuds de la muserolle dans le creux, en dessous des apophyses zygomatiques et la sous-gorge, derrière la joue.
  • N’utilisez rien d’autre par dessus votre licol à nœuds au risque d’appuyer encore d’avantage sur ceux-ci.

* Rossignol 2011, Schweitzer 2023, Veterinary Journal 2022

Photo d'un biothne abimé par un frottement très intense et répété sur du crépi.
Photo d'un biothne abimé par un frottement très intense et répété sur du crépi.

Revenons-en à nos moutons !

Pour comprendre mon blabla, rien de plus parlant qu’un bon gribouilli. Même s’ils ne sont pas scientifiques, ils devraient vous donner une bonne idée de ce qui se cache sous la peau de votre cheval et pourquoi (selon moi) c’est un problème d’utiliser un licol en corde avec des nœuds.

Schémas représentants les méridiens, les glandes, les veines, les centre lymphatiques, les nerfs... de la tête d'un cheval et la faon dont le licol appuis sur les zones sensibles.
Schémas représentants les méridiens, les glandes, les veines, les centre lymphatiques, les nerfs... de la tête d'un cheval et la faon dont le licol appuis sur les zones sensibles.

Alors que je rédige cet article, après plusieurs heures de recherches, des photos et des vidéos de chevaux accidentés avec des licols… je tombe sur cette pépite passionnante :

La clinicienne chercheuse Lindsey Field, explique ici qu’elle a toujours utilisé le licol en corde avec ses chevaux et qu’il lui est venu l’idée de vérifier où se placent les nœuds précisément. Durant cette vidéo, vous découvrirez donc le secret de l’efficacité desdits nœuds pour engager la cession de votre compagnon aux pressions/demandes que vous exercez durant vos séances avec cet outil.

Attention, le licol est posé à même la dissection de la tête d’un cheval.
Aucun filtre n’est appliqué ; si vous êtes sensible à ce type d’images, passez votre chemin.

Si vous voulez en savoir plus sur le travail de Lindsey Field, voici son site internet (attention, rempli de photos de dissections de sabots hehe).

Pour la conclusion : les nœuds viennent appuyer directement sur deux importants nerfs de la tête du cheval, plus précisément le nerf infra-orbitaire et le nerf facial. Et ça tombe bien, parce que c’est exactement ce pour quoi il est conçu : exercer une pression sur les nerfs.

Photo d'un biothne abimé par un frottement très intense et répété sur du crépi.

Bon… et maintenant qu’on sait ça ?

Pour ma part, je ne fabrique plus le licol à nœuds que je classe à présent dans les outils coercitifs. Cependant, le licol en corde reste un produit disponible chez La Licorde.

QUOI ? Mais elle vient de dire l’inverse !

Tout doux bijou.
Je ne yoyote pas, je parle du licol en corde… sans nœuds ! Oui oui, ça existe. Alors, oui… ça ne place pas le cheval en inconfort, ça ne cause pas de douleurs sur ses nerfs fasciaux. Mais il reste léger et fait aussi très bien son travail si vous savez demander correctement les actions à votre cheval.

Quand le cheval ne répond pas : et si c’était nous ?

On entend parfois qu’un excellent outil entre de mauvaises mains peut faire plus de dégâts qu’un outil médiocre entre de très bonnes mains. Mais je vous invite à une question plus intime : quand notre cheval ne répond pas comme attendu, est-ce vraiment un problème de matériel — ou de compréhension ?

Les outils coercitifs donnent l’illusion du contrôle, mais une réponse obtenue par l’inconfort n’est jamais véritablement de l’obéissance, c’est souvent de la reddition. Et entre les deux, la différence est immense.

Si votre licol ne donne pas le résultat attendu, peut-être que la « mauvaise réponse » du cheval est en réalité une réponse à autre chose qu’on n’a pas su voir ? Une étape manquante ? Une douleur qui passe inaperçue ? Une mauvaise communication de notre part ? Avant de durcir l’outil, demandons-nous : la vraie question n’est pas quel outil utiliser, mais qu’est-ce que mon cheval est en train de m’apprendre sur ma propre façon de lui demander les choses ?

Un outil doux qui ne donne rien n’est peut-être pas un outil défaillant, mais l’indice que le cheval a besoin qu’on lui explique autrement. C’est là qu’un comportementaliste équin peut intervenir — non pas pour juger, mais pour aider à décoder ce que le cheval essaie de communiquer. Refaire le point, réaligner la communication, revoir les bases, non comme un échec mais comme une démarche de curiosité et de respect.

À méditer…